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Maurice, un peu de vert dans le bleu

vendredi 7 novembre 2014
Maurice, un peu de vert dans le bleu

 

OCÉAN INDIEN Au-delà de la destination farniente et son triptyque «sea, sex and sun», l’île paradisiaque dévoile sa flore grâce à des locaux amoureux de la nature, qui œuvrent pour sa découverte et sa protection.

 

Le bois de natte, dont les gamins récupéraient la colle pour piéger les oiseaux ; le bois d’ébène, qui servait à fabriquer les touches noires des pianos ; le colophane bâtard, dont la résine, à l’odeur de térébenthine, rebute le plus vorace des termites… Loveveena Soofjun, guide de la vallée de Ferney, est intarissable lorsqu’elle décrit les arbres endémiques de cette réserve située dans l’ouest de l’île Maurice. Et son français à l’accent chaloupé ne semble pas effrayer les énormes chauves-souris - des roussettes noires - qui nous survolent en silence.

 

Peut-on, à Maurice, éviter de bronzer idiot sur la plage d’un palace cinqétoiles, les pieds plongés dans l’eau tiède en sirotant des cocktails ? C’est la démarche proposée par nombre de professionnels du tourisme à la tête de petites structures. Leur objectif : faire découvrir une autre île, nettement plus abordable, qui s’éloigne de la carte postale mille fois dessinée.

 

Retour en forêt. Après avoir franchi un petit cours d’eau, à l’ombre de ravenales aux palmes en éventail, notre groupe tombe sur un spectacle rare : le bois clou. Il n’en reste qu’une demi-douzaine de pieds sur la planète et tous pointent leur mince tronc dans les montagnes Bambous, où tanguent les collines rebondies de la vallée de Ferney. C’est pour protéger ce sanctuaire rescapé d’un projet d’autoroute que Ciel, un groupe mauricien de «28 000 employés dévoués à travers le monde», a créé le Ferney Conservation Trust. Sur 200 hectares, un grillage protège désormais la zone des quelque 2 000 cerfs sauvages et des touristes indélicats. Soudain, trois crécerelles surgissent de la forêt, piaillant et rasant le sol vallonné. «Come on, come on Pepito», scande Loveveena. Les petits rapaces effectuent encore quelques figures avant d’arracher de leurs serres, en plein vol, le cadavre d’un mulot que leur tend, à bout de bras, la guide.

 

Fangourin. Effrayant des macaques aventurés en lisière, le 4x4 nous ramène au siège d’une ancienne usine à sucre. Comme beaucoup d’autres à Maurice, l’entreprise a fermé. Ne subsiste plus qu’une «balance», un site de transfert où d’antédiluviens camions Bedford déchargent leur cargaison de cannes. Les roseaux sucrés sont ensuite acheminés dans une usine de transformation encore en activité, près du littoral.

 

Même reconversion touristique au domaine de Saint-Aubin, plus au sud, à Rivière-des-Anguilles. La splendide propriété des Guimbeau, une des grandes familles franco-mauriciennes du pays, a conservé un antique broyeur. Le moulin, alimenté à la main par des ouvriers, écrase les tiges de canne à sucre pour en tirer le fangourin. De la levure est alors ajoutée au jus de sucre, qui fermente trois jours dans des cuves ouvertes en inox avant d’être distillé. Neuf variétés de rhum agricole sont ainsi concoctées puis conservées dans des tonneaux de chêne importés de France.

 

Mais c’est un thé glacé que nous dégustons finalement à l’ombre de la véranda de la demeure coloniale, face au tronc bombé d’un Chorisia garni de ses touffes blanches de coton. Saint-Aubin, où sont produits 650 kilos de vanille chaque année, a en outre développé une filière bio afin de valoriser les produits de la canne. Une évolution rendue nécessaire par la diminution des subventions européennes versées à ce pays en développement (Maurice fait partie du Commonwealth), où les habitants parlent l’anglais, le créole, le français et l’hindi.

 

On se croit d’ailleurs dans un petit bout d’Inde : les femmes se drapent de saris, les temples hindous multicolores rendent hommage aux milliers de divinités, des fanions rouges enjambent les rues et rejoignent des maisons couleur pastel. Dans les allées où se pressent les marchands ambulants, les passants achètent les délicieux, sinon légers, dhall poori, des crêpes à base de farine de lentilles, farcies aux pois chiches, assaisonnées de curry et de curcuma.

 

Sans un regard - pourtant il est tentant - pour le lagon bleu aquarium à 25 degrés qui ceinture l’«île plage», nous poursuivons notre périple vert. Ou ocre, rouge, rouille, gris… puisque la vallée des Couleurs de Chamouny, dans le sud-est de l’île, promet vingt-trois nuances issues de l’éruption du volcan de Bassin blanc, il y a quelques millions d’années. Le dioxyde de manganèse ou le superoxyde de potassium ont strié quelques mamelons de leurs étonnants composants. Balade tranquille en quad, tyrolienne de 500 mètres de long, «et bientôt d’un kilomètre, la plus longue de l’océan Indien», vantent ses propriétaires.

 

Si la forêt est omniprésente, les randonnées sont rares, le relief à peine brisé par des restes de montagne culminant à 800 mètres, le camping encore inexistant. Peu de places pour le routard sac au dos. Depuis peu, Maurice propose certes des hébergements au cœur de la nature, mais au charme onéreux… Dans l’est de l’île, Otentic a monté des tentes «safari» avec plancher posé sur pilotis, palettes en guise de sommier, cagettes servant d’étagères. TreeLodge a construit, à 4 mètres de hauteur, des cabanes dans les arbres d’une ancienne propriété sucrière ; au pied, une douche et la piscine.

 

Quartzite. Le Lakaz Chamarel, au cœur de la réserve naturelle des gorges de la rivière Noire, dans le sud-ouest de l’île, se positionne, sur le même créneau, comme «l’adresse phare du tourisme vert mauricien». Dans 12 hectares de forêt, au milieu des lataniers, bananiers et autres flamboyants, vingt chalets, avec douche balinaise extérieure et piscine carrelée de quartzite et basalte, offrent un havre de paix à des couples, sans enfant de préférence. Les déchets sont triés, l’eau chauffée au soleil, les déplacements pédestres privilégiés. Le jasmin et l’ilang-ilang parfument les lieux, «gay-friendly», sous-entend Warren Foo Tam Fong, le directeur, passé par Courchevel, Saint-Barth et les Antilles.

 

Du haut du piton Canot, la vue sur l’île aux Bénitiers et les franges de la barrière de corail est époustouflante. Craquera-t-on pour enfin rejoindre le lagon et se jeter à l’eau ? Non, car un tajine de cochon marron et sa ratatouille au girofle et à la cannelle nous retiennent encore un temps dans l’envers de la carte postale mauricienne.

 

Laurent DELCOÎTRE Envoyé spécial à l’île Maurice

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